Ségolène Royal a précisé récemment sa vision d'une réforme des retraites. Elle souhaite "remettre à plat la loi Fillon", et place au coeur de son projet de réforme le fonds de réserve des retraites, qu'elle compare à "un fonds de pension collectif" : “Le Fonds de réserve des retraites (FRR) est une sorte de fonds de
pension collectif, et c’est la manière dont j’envisage le financement
des retraites aujourd’hui”.
Un article des Echos revient avec précision sur ce sujet :
A quoi sert le Fonds de réserve pour les retraites ? Pendant cinq ans, les gouvernements Raffarin et Villepin ont fait l'impasse sur cette question, se contentant d'abonder le fonds à hauteur du prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et de placement (1,5 milliard d'euros par an). La dernière affectation liée à des cessions d'actifs remonte à 2002, alors que plus de 20 milliards d'euros de recettes de privatisation ont bénéficié à l'Etat sous la dernière législature.
Le FRR, créé en 1999 par Lionel Jospin afin de lisser les besoins de financement à l'horizon 2020, est, de fait, assimilé, du côté de l'UMP, à un instrument servant à éviter une nécessaire réforme des retraites.
On peut retrouver ici les principales déclarations de Ségolène Royal sur le thème des retraites.
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Les réactions à cette proposition de la candidate sont partagées, pour l'instant.
Horizons, blog d'un homme de gauche, tendance chevénementiste, s'insurge devant cette proposition :
De ce point de vue, la proposition de la candidate socialiste apparaît n’être l’une de ses détestables mesures slogans, destinées uniquement à communiquer, qui ne résolvent rien mais qui en revanche peuvent entraîner de graves effets induits.
[...]
La pensée des socialistes sur le dossier des retraites traduit toujours un encéphalogramme plat. On en est toujours a une réforme Fillon qu’il faut « remettre à plat » et aux recettes de la défunte gauche plurielle qui n’ont produit aucun résultat.
[...]
En lui même, ce « fonds de pension collectif » ne résout rien. Il n’est qu’un compte ouvert sur lequel l’Etat peut placer de l’argent. Il était sensé à l’origine être alimenté par des recettes de privatisations, mais les gouvernements suivants ont estimé qu’il y avait des priorités plus importantes, notamment de réduire le déficit budgétaire. Il y a effectivement quelque chose de paradoxal à vouloir épargner lorsqu’on est hyperendetté.
A droite, Franck Roger s'étonne de cette proposition :
On dirait le Fond de Réserve des Retraites, créé par son ami Lionel. En bref, on récupère une partie de CSG et de l'argent public directement de l'État.
« Et la dette ? »
« Alouette ! », me répondrez vous
La mission consiste à placer cet argent sur les marchés financiers pour le faire fructifier et générer un matelas permettant de couvrir une partie des besoins de financement des retraites à l'horizon 2020.
Nous poursuivrons la réflexion sur le FRR, élément souvent ignoré par les porincipaux débats, mais outil majeur de toute réflexion sur le financement de nos systèmes de retraites. Les questions sont bien posées : le FRR est-il un "fonds de pension" ? Est-il une alternative à la dette publique ?
Sur le sujet pourtant très important des retraites, le Parti Socialiste (Ségolène Royal reprend à peu près la même position) a eu une attitude qui à mes yeux le disqualifie durablement:
Il refuse de regarder en face un problème majeur pour notre pays, alors même que l'ensemble des pays européens se sont prononcés sur le sujet à Madrid et à Stockolm en préconisant un allongement de la durée de cotisations (avec l'objectif de 50% de taux d'activité des 55/64 ans). Ce choix des européens a été approuvé par le premier ministre français de l'époque, Lionel Jospin
Par ailleurs, qualifier d'injustice sociale une loi qui aligne la durée de cotisations du public sur le privé d'une part, qui crée des départs anticipés pour ceux qui ont commencé les plus jeunes (longues carrières) d'autre part, donne une curieuse conception de la justice sociale pour des gens qui se proclament socialistes
Pour finir, je note dans la déclaration de Ségolène Royal dont le lien nous est aimablement fourni, qu'elle estime que la loi Fillon a eu le tort de ne pas s'appuyer sur une négociation sociale. C'est vraiment avoir la mémoire courte! il y a eu négociation et il y a même eu accord de certains syndicats en particulier la CFDT qui s'est battue justement pour la question des carrières longues
Il y a par contre sans doute eu déficit de communication préalable: il est de notoriété publique que les leaders nationaux de tous les syndicats (en particulier la CGT) étaient convaincus de la nécessité de faire la réforme et qu'ils disaient: notre problème est que nos troupes ne l'ont pas compris
Bernard Brunhes, ancien conseiller social à Matignon et spécialiste de ces questions, a pris dans des articles récents cet exemple pour illustrer les difficultés de gestion publique du changement. Il estime qu'il aurait fallu avant la négociation publier un livre blanc sur le sujet et l'envoyer à tous les français
Rédigé par: verel | 04 avril 2007 à 08:19
Un problème majeur avec le fonds de réserve des retraites, c'est qu'il n'est pas certain que confier à l'état la gestion d'un tel fonds soit la meilleure solution pour ceux qui y abonderaient!
Si l'idée de Royal passe et que ça marche le fonds deviendra aura une puissance financière conséquente. Assez tentant de la gérer en fonction d'impératifs politiques, et l'utiliser pour faire du "mécano" industriel.
Par ailleurs, quel serait le niveau de risque dans la gestion? Cela aurait un impact sur le rendement à long terme... mais aussi les résultats seraient variables dans le temps.
La proposition de Bernard Brunhes me paraît assez utopique. Je ne pense pas que les troupes de la CGT auraient eu un quelconque intérêt à accepter la réforme des retraites: la plupart des syndiqués sont des gens de plus de 40 ans voire 50 ans, ceux qui pouvaient encore demander un report de la réforme de façon à profiter de bonnes conditions de départ.
Quant au livre blanc sur les retraites, il a déjà été remis à Rocard en 1991. Et d'ailleurs, depuis cette date, ce dernier prône peu ou prou ce qui a été fait en 2003. On voit bien que en 12 ans ses conclusions auraient dû percoler et être assimilées par les parties prenantes dont les adhérents des syndicats. Sans compter que le COR, créé par Jospin, en a remis une couche dans la même direction et publie des rapports régulièrement!
Rédigé par: Proteos | 05 avril 2007 à 15:51