Alexandre Delaigue, du blog éconoclaste, réagit à la création de ce blog par un billet brillant sur le problème des retraites : les retraites, un problème sans solution. L'art de la synthèse de l'auteur et son point de vue économiques sont très riches, et nous vous invitons à lire le billet, et plus avant, les commentaires qui y sont postés.
L'article propose un angle macro-économique, et l'on pourrait, si l'on voulait faire offense à l'auteur, résumer la thèse ainsi : peu importe les modes de prélèvement et redistribution (capitalisation, répartition) ou les autres aléas, le problème est celui du ratio de dépendance (le rapport entre le nombre de personnes en âge de travailler et les inactifs). Celui-ci devrait, selon les diverses projections, passer de 75% à un taux de 85 à 100% à un horizon de quarante ans.
Peu importent, aussi, finalement, les choix politiques à court terme : les choix seront à faire progressivement, par la société, dans une évolution lourde de ses priorités, de son rapport au travail et au temps passé :
Après tout, si les salariés modifient leurs préférences intertemporelles et raisonnent sur leur revenu total tout au long de la vie dès le début, ils pourront peut-être accepter d'élever leur productivité sans hausse de salaire. Peut-être choisiront-ils d'épargner plus. Peut-être que l'inactivité des seniors sera vécue par eux comme tellement insupportable que spontanément, ceux-ci voudront élever leur taux d'activité, amenuisant leur demande de pensions. Peut-être que les gens décideront massivement que vivre au delà d'un certain âge n'a pas d'intérêt si c'est pour être totalement dépendant. En bref, c'est toute la société qui va devoir changer.
L'auteur conclut que pour cela que "se poser dès aujourd'hui la question de la "réforme des retraites" ne mène pas très loin", puisque "ce n'est pas au cours des 5 prochaines années que des choses fondamentales seront décidées, ne fût-ce que parce que les politiques qui proposent aux gens de se serrer la ceinture tout de suite pour de toute façon se la serrer dans 50 ans, mais un peu moins, n'ont strictement aucune chance d'être écoutés.".
On peut être d'accord globalement, sur le constat, mais émettre des réserves et poser des questions :
- le sujet est majeur, il concerne des évolutions lourdes de choix de vie. Il correspond à l'éclairage des français, à leur prise de conscience progressive de l'évolution des données du problème. Cette prise de conscience peut se cristalliser au moment des grands débats politiques, et elle devra, de toute façon, être transmise au politique.
- la réforme, en 2007-2008, qui réglera les données du problème pour 50 ans, il semble - bien heureusement - que personne n'ose la proposer. Par clientélisme, mais aussi parce que la bonne méthode doit bien être celle d'une évolution progressive, par paliers. On peur reconnaître ce mérite à la réforme Fillon.
- en attendant que les français aient fait leurs choix, les questions de financement et de déséquilibre vont se poser malgré tout : ne vaut-il pas mieux les anticiper, aider à la prise de conscience, et mettre en place des outils utiles au réglement, avant que cela ne se fasse de manière potentiellement conflictuelle ?
- en matière de conflit, on commence à voir émerger des logiques de désolidarisation entre générations : l'enjeu ne justifie-t-il pas la mise en place d'outils susceptibles de lisser l'évolution des conditions, à tout le moins ?
Le débat doit pouvoir descendre en deçà du rééquilibrage global nécessaire et de l'évolution des choix de vie de la société : le politique, déssaisi des choix qu'effectuerait librement la société, dans la vision libérale d'Alexandre Delaigue, devrait au moins se concentrer sur l'accompagnement opérationnel de cette évolution. dans ce cadre, on pourrait au moins attendre du politique des précisions effectives sur les éléments d'ajustement, à court et moyen terme, et d'anticipation sur les risques de désolidarisation des générations : mise en oeuvre d'outils de lissage, de solidarités intergénérationnelle à rebours (comme le Fonds de Réserve des Retraites), éléments d'information essentiels permettant de favoriser le libre choix, etc...
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